Écoconception : l’importance du « juste besoin »

RSE

3 février 2026

Comment une ESN peut-elle réduire l’impact environnemental des services numériques qu’elle conçoit ? 

À l’occasion de la journée de l'écoconception numérique, nous avons interrogé Nicolas Schweyer, Pilote du collège écoconception chez Sully Group, sur la possibilité, pour une ESN, d’agir pour un numérique plus durable. 

On entend beaucoup parler d’écoconception, mais l’impact environnemental du numérique ne cesse de croître. Un numérique durable est-il possible ?

Il est en tous cas nécessaire d’agir pour limiter l’impact du numérique, car ce n’est plus un « petit » secteur. En matière d’émissions de gaz à effet de serre, de consommation énergétique ou d’utilisation des ressources minérales, il a désormais dépassé bien des industries historiques. L’essentiel de cet impact est lié à la fabrication du matériel nécessaire à nos usages (terminaux et infrastructures). Et il croît de manière exponentielle avec l’avènement de l’IA.

Comment peut-on agir ?

Il convient d’évaluer son juste besoin numérique, comme pour les autres secteurs : avez-vous besoin d’une voiture de 800 chevaux pour rouler à 80 km/h, sachant qu’elle consommera plus qu’un véhicule moins puissant et sera plus complexe à entretenir ? 

Le marketing pousse à évaluer la performance sur des critères qui ne correspondent pas nécessairement à nos besoins. On nous propose des services parfois plus spectaculaires qu’utiles. Or tout cela a un coût, pour nos finances et pour la planète. 

En tant qu’ESN, nous avons le devoir d’apporter à nos clients des solutions dimensionnées et pérennes, et non des gadgets coûteux à maintenir.

Cela veut-il dire que les services écoconçus sont moins performants ?

Au contraire, les bonnes pratiques d’écoconception concourent à la performance des applications.  

Par exemple, si l’on raisonne en termes de puissance pure, on peut être tenté de précharger un grand nombre de données à l’ouverture d’une application pour pouvoir les afficher plus rapidement lorsque l’utilisateur les demandent. Dans les faits, une telle stratégie est souvent contreproductive : le préchargement ralentit et rend instable l’application, en particulier si le réseau et le terminal ne sont pas optimaux. Inversement, si l’on attend que l’utilisateur définisse les données dont il a besoin, on n’aura à charger que celles-là, et l’affichage sera finalement plus rapide. 

C’est un bon exemple de l’efficacité d’un « juste besoin », par rapport à une débauche de puissance dont les effets sont souvent limités, pour un coût bien plus important. L’impact du numérique étant lié à la production du matériel utilisé, il est important de concevoir des services qui continuent à fonctionner sans nécessiter un renouvellement rapide du matériel.  

Nos clients du service public et du secteur industriel sont forcément très sensibles à cet équilibre entre le service rendu et son coût. 

Comment s’assure-t-on que les services sont bien écoconçus ?

Nous avons choisi de nous aligner sur la méthodologie du RGESN, le Référentiel général d'écoconception de services numériques de l’État français. C’est un outil mature, bien documenté et relativement facile à mettre en œuvre. Nos clients l’ont donc adopté. 

Le RGESN définit 78 critères dans 9 thématiques : 

  • La stratégie, qui mesure l’utilité du service ou la pérennité et l’interopérabilité des technologies. 
  • Les spécifications, qui assurent le bon fonctionnement de l’application avec des terminaux et des environnements anciens. 
  • L’architecture, qui doit être dimensionnée et évolutive pour s’adapter aux nouveaux besoins 
  • L’UX/UI, qui définit des parcours et une interface adaptés aux attentes des utilisateurs. 
  • Les contenus, qui évalue l’utilité et la sobriété des médias proposés. 
  • Le frontend, qui s’intéresse au poids des composants utilisés, à la compression du code, à la mise en cache… 
  • Le backend, qui contrôle l’usage du cache et de l’archivage. 
  • L’hébergement, qui définit un usage minimisé de l’énergie et de l’eau par les serveurs, la cohérence de leur localisation géographique, la bonne gestion des flux de données. 
  • L’algorithmie, qui concerne l’IA et l’impact de son apprentissage et de son réentraînement.

Comment se déroule un projet éco-conçu ?

Chez Sully, nous avons intégré l’écoconception à notre Système de management de la qualité ISO 9001. Cela implique que, dès l’avant-vente, nous définissons le degré d’exigence d’écoconception lié au service. 

Si l’exigence client est faible, a minima, nous pratiquons un socle de bonnes pratiques sur lesquels nos collaborateurs sont formés.  

Si l’exigence est forte, cela implique une mesure de score RGESN et des actions correctives pour l’améliorer. Dans ce cas, nous nommons un référent en début de projet. Son rôle est de coordonner les actions d’audits et d’améliorations, de manière à atteindre le score visé. 

Il est important que l’exigence soit intégrée dès le début du projet : un mauvais choix d’architecture ou de technologie ne peut être corrigé sans coûts importants si les travaux de développement ont déjà commencé.

Cette mise en œuvre est-elle contraignante pour le projet ?

La démarche d’écoconception est plutôt une opportunité de construire des services réellement performants, c’est-à-dire adaptés aux vrais besoins et apportant durablement de la valeur. Mesurer cette performance constitue certes un effort, mais c’est aussi une assurance de qualité.  

D’autre part, il est important pour Sully de proposer à ses clients des démarches adaptées à chaque contexte. Pour accompagner le SMMAG (Syndicat mixte des transports en commun de la région grenobloise) ou la DNUM (Direction du numérique du ministère de l’Écologie) sur l’écoconception de leurs services, nous nous sommes intégrés aux organisations projets existantes, pour proposer des actions qui ne ralentissaient pas la célérité des équipes. 

Enfin, nos collaborateurs sont sensibilisés et formés aux bonnes pratiques. Les designers UX/UI, par exemple, conçoivent des parcours utilisateurs et des interfaces qui intègrent nativement le souci du juste besoin. 

Au final, concevoir un service durable, c’est aussi gagner de l’argent. Rappelons que l’un des piliers du développement durable est économique, et qu’écologie et économie partagent la même étymologie. 

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